Crise-existentielle

Crise existentielle de l’acteur

Alors que les vacances en Europe se terminent, un nouveau chapitre tout aussi excitant se dessine pour moi: le début de mes 3 années d’études dans le Professional Theatre Program au Collège Dawson à Montréal. Par chance, j’ai été accepté dans le programme à l’issue de mes auditions l’année dernière.

Choc brutal!

Sachez qu’en 2014, j’ai été accepté une première fois dans ce même programme. J’ai dû malheureusement abandonner suite à un conflit d’horaire professionnel. À l’époque, j’étais déjà parmi les plus vieux de la classe. L’écart d’âge était de seulement quelques années (2-3 ans). En revanche, cette fois-ci, j’ai 10 ans d’écart avec la plus jeune du programme. Le choc, je dois l’avouer, est assez brutal… C’est complètement une autre génération! Je ne suis pas en train de dire que je suis vieux, quand même pas; je n’ai que 26 ans! Seulement, je dois avouer que nous ne partageons pas les mêmes références et que je me sens assez « vieux jeu » à côté d’eux.

J’assistais à mon premier cours d’Analyse de Texte Théâtral et notre professeure nous a parlé des Given Circumstances, ces indices dans le texte qui nous permettent de situer la pièce ainsi que ses personnages. Par la suite, elle nous a mis en garde de ces Trigger Warnings (TW), ces avertissements à certaines sensibilités (violences conjugales, consommation de drogues, viol, etc.) auxquelles nous pourrons être confrontés à la lecture de nos pièces. Elle a passé une bonne partie du cours à nous mettre en garde et la classe semblait sensible et empathique à la chose…

Faire la part des choses…

Pas que je ne le suis pas moi-même; j’ai d’ailleurs mon propre vécu parsemé de défis personnels et familiaux, mais je me demande pourquoi autant de temps consacré à la chose? Je comprends qu’il peut être difficile pour certaines personnes d’être confrontées à certaines situations, mais c’est un peu aussi notre travail d’acteur que de mettre en vie ces situations traumatisantes, non? Suis-je le seul à penser de la sorte? Je ne dis pas de rester insensible, au contraire! C’est notre sensibilité et empathie face à la situation de notre personnage qui nous permettront de jouer de façon juste ces drames si bouleversants.  C’est ce détachement qui me permettra d’offrir une performance sensible, et qui m’aidera, de façon sécuritaire, à puiser dans mon propre vécu afin de rendre ma performance encore plus véridique. Ce que j’essaie de dire, c’est que j’arrive à faire la part des choses. Est-ce à cause de mon âge? Est-ce à cause de mon vécu et de mon propre parcours ? Ou bien est-ce vraiment une différence de génération ?

Ce qui m’encourage, c’est de savoir que je ne suis pas le seul à avoir vécu cet écart d’âge, avouons-le, comme une crise existentielle. Durant mon parcours, j’ai été témoin à plusieurs reprises de ces crises existentielles. Celles qui m’auront le plus marqué auront été celles qui apportent un autre point de vue sur la chose. Elles permettent de belles discussions et offrent une perspective nouvelle sur un enjeu. J’ai énormément appris de ces discussions et je crois être devenu un être plus critique, mais tout aussi empathique aux situations des autres. Cela me motive à discuter davantage avec eux sur des enjeux et connaître leur opinion sur la chose; comprendre leur réalité et devenir empathique aux émotions auxquelles ils peuvent être confrontés. Évidemment, tout cela étant dans le but d’enrichir les discussions et aussi d’améliorer mes compétences de chercheur à la recherche des Given Circumstances dans mes futures pièces.

Avez-vous déjà vécu cette crise existentielle?

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